Genèse: Dès 1928, André Honnorat, président de la Fondation du comité national pour le développement de la Cité universitaire de Paris, avait pris acte de la décision du Résident général de France au Maroc de contribuer à l’aménagement d’un certain nombre de chambres à la Cité.

Mais, c’est en 1949 que l’Empire Chérifien encore sous mandat français, décide la fondation de cette maison. Et Jean Walter, propriétaire de mines dans la région de Zellidja, au Maroc finance un bâtiment plus particulièrement destiné à ses boursiers. La Maison du Maroc a été ouverte en octobre 1953. Les bâtiments construits par l’Empire chérifien accueillent alors 160 lits et celui de Walter 95 lits.

Si Walter a été l’architecte de son bâtiment, il convient de reconnaitre que le style général de la Maison du Maroc, empreint d’un classicisme épuré et fonctionnaliste, est essentiellement l’œuvre de trois architectes Albert Laprade, Jean Vernon et Bruno Philippe (L-V-D, en abrégé).

Albert Laprade (1883-1978) a signé trois bâtiments à la Cité internationale universitaire et la Maison du Maroc, en 1953, est le dernier. C’est la Fondation Rosa Abreu de Grancher qu’il réalise d’abord en 1932. Quel contraste, au premier abord, entre cette Maison de Cuba, de style explicitement colonial espagnol, et la Maison de la France d’Outre-Mer de 1951 - devenue Résidence Lucien Paye - globalement d’un classicisme qui s’inscrirait dans la mouvance d’un Perret.

Mais, au deuxième regard, on discernera que ce classicisme ne s’est pas refusé à un décor sculpté d’inspiration africaine. C’est qu’Albert Laprade n’est pas un architecte facile à classer. De son travail au Maroc aux côtés d’Henri Prost, il a conservé le respect des architectures locales, mais n’a jamais renié son intérêt pour la modernité et ses divers apports, tout en restant très attaché à l’art des jardins ou à une conservation intelligente du patrimoine, du IVe arrondissement de Paris par exemple.

Le quartier indigène de Casablanca, à mi-chemin entre modernité et tradition, peut ainsi être mis en vis-à-vis du barrage de Génissiat, image de la rigueur technique, ou bien du Palais de la porte Dorée, originellement musée des Colonies, étonnante synthèse d’Art déco, de classicisme et d’art colonial .

Maison du Maroc dans la Cité et la ville: Placée à l’angle nord-est de la Cité, la Fondation Maison du Maroc dialogue avec la ville, le boulevard Jourdan au nord, l’avenue Pierre-de-Coubertin (anciennement avenue de la Porte-de-Gentilly) à l’est. Son apparence fonctionnelle, sa simplicité toute classique et sa position scellent l’entente entre la Cité et la ville. Cette première caractéristique signe le talent des architectes L-V-P: la ville a en effet demandé que la pointe du terrain de la Cité soit rognée et transformée en pan coupé pour élargir le trottoir.

La tour angulaire de six étages, qui vient à la suite du bâtiment principal de quatre étages longeant l’avenue Pierre-de-Coubertin, fait gaillardement face au pan coupé, et c’est en fonction de lui qu’elle (doit être) a été construite avec un retrait de 5,5 mètres.

Quant au bâtiment Walter, il peut s’avancer davantage vers le boulevard Jourdan que la tour L-V- P, n’ayant pas la contrainte de l’angle abattu.

Comment L-V-P ont-ils pu pallier une telle irrégularité? Le bâtiment Walter était institutionnellement distinct du reste de la maison tout lui en étant lié; mais L-V-P et Walter s’étaient entendus dès le début de1950 pour réaliser un ensemble cohérent. L-V-P ont donc ainsi introduit entre la tour et le bâtiment Walter un bâtiment de liaison d’un seul niveau, principalement dédié à une grande salle de conférences, mais qui ne se prolongeait pas jusqu’au bâtiment Walter pour ne pas souligner la discordance entre les deux.

Puis L-V-P ont opté pour une seule galerie, en bordure sud du bâtiment de liaison c’est-à-dire vers le parc de la Cité, et cette galerie, placée dissymétriquement relativement à ce volume intermédiaire, aboutissait exactement dans l’axe du bâtiment Walter, faisant aboutir cette galerie dans l’axe du bâtiment Walter, axe que Walter avait astucieusement valorisé par un pavillon en saillie. Il a donc fallu une irrégularité interne au bâtiment de liaison pour promouvoir un sentiment de régularité générale entre les deux groupes. Le classicisme est bien un volontarisme visant à maîtriser les contingences au prix d’étonnantes irrégularités premières!

Puisque ce sont les bâtiments conçus par L-V-P qui devaient héberger les services communs et l’administration, ils devaient également abriter la grande entrée qui se trouve logiquement en bas de la tour qui constitue l’articulation entre la ville et le Cité. Elle est en même temps orientée vers le boulevard et située au niveau du pan coupé entre le boulevard et l’avenue. Cette entrée d’apparat était complétée par un accès plus quotidien situé vers le parc. Ces deux entrées débouchaient sur le rez-de-chaussée de la tour ainsi nanti du rôle de hall de communication vers le grand escalier, la salle de réunion, les services communs, la galerie sud menant au pavillon Walter; et la bibliothèque dominait le tout, au sommet de la tour.

1982: un décor marocain
Une réhabilitation s’étant avérée indispensable, le roi Hassan II débloqua des crédits et les travaux furent réalisés en 1982, en quelques mois, sous la conduite d’André Paccard, assisté de Bernard Serot.
La modification la plus visible extérieurement a consisté en l’adjonction d’un petit corps de bâtiment entre la salle de réunion et le pavillon Walter. Une cafétéria y a été établie pour réunir les bâtiments L-V-P et le bâtiment Walter. Ce qui était une façon de confirmer, près de trente ans après l’indépendance du Maroc, la modification statutaire du pavillon Walter, devenu bâtiment B, totalement détaché de la fondation Zellidja et désormais partie intégrante de la Maison du Maroc. À la désignation architecturale de l’axe du pavillon Walter s’est substituée une relation matérielle tangible.

Paccard , directeur des bureaux techniques du palais royal, particulièrement versé dans l’artisanat traditionnel du Maghreb, a largement amplifié les quelques références stylisées de L-V-P et introduit dans les parties communes de nombreux éléments de décor marocain. Ont été notamment ajoutés un patio et un hammam. La porte monumentale entièrement reprise en style marocain, fait le lien entre interventions extérieure et intérieure.; L’auvent désormais paré de bois sculpté qui dialogue avec de graciles colonnettes, des faïences et les luxueux panneaux en bronze des vantaux…. C’est ainsi qu’une citation du Maroc traditionnel, juxtaposée à la classique architecture fonctionnelle des années 50, authentifie la réalité d’une présence marocaine en ces lieux.

2008: le temps du confort

Pour des raisons de mise aux normes techniques et sécuritaires, une rénovation générale a été réalisée. Elle s’est s’achevée en 2008. Le nombre de chambres et studios passe de 208 à 229. Confort, sécurité, accueil et accessibilité sont les maîtres mots. C’est ainsi que la bibliothèque, déménagée dans le bâtiment de liaison à la place de la cafétéria, est désormais plus accessible.

La conception architecturale a aussi été notablement modifiée. La galerie sud, détachée du sol par un petit fossé permettant l’ouverture de fenêtres en contrebas, a définitivement perdu sa fonction de lien transparent entre les deux parties de la maison. Mais le plus grand changement a trait à l’entrée principale qui a été déplacée sur la face ouest du bâtiment L-V-P.

Ce percement nouveau s’accompagne d’une révision générale du système de circulation. Un large auvent protège et individualise la nouvelle entrée. L’accessibilité aux handicapés, signe indiscutable de confort, est elle aussi très manifeste: son plan incliné ordonne la nouvelle apparence de l’entrée, installant une dissymétrie qui entre en tension avec la régularité globale de la maison. C’est l’exaltation de l’idée d’un lieu ouvert, porté à l’hospitalité.

La Maison fait totalement peau neuve et devient l’une des institutions les plus confortables de la Cité Internationale et une grande plateforme de rayonnement culturel et artistique. Sur le plan juridique, elle se transforme en Fondation reconnue d’utilité publique (FRUP) par un décret du 22 novembre 2011.

Vie de la Fondation: un lieu de partage et d’épanouissement: Depuis sa création en 1953, la Fondation Maison du Maroc, appelée instinctivement Dar Al Maghrib par un grand nombre particulièrement de marocains, eu égard au sentiment d’appartenance de cette communauté à l’identité culturelle nationale, a contribué à la formation de l’élite marocaine en mettant à sa disposition une infrastructure importante d’hébergement, composée aujourd’hui de 174 chambres et 55 studios.

Ouverte aux étudiants marocains qui préparent leur master ou leur doctorat, elle accueille également des chercheurs et des professeurs visiteurs, ainsi que des artistes dans des conditions de grand confort et de parfaite sécurité.

Conformément à son statut et au règlement particulier de la CIUP, la Fondation pratiquent également le brassage, en accueillant des étudiants de plus d’une trentaine de nationalités. Ce contingent représente plus d’un tiers de son effectif.

Chaque année, un Comité des résidents est élu et participe activement à la vie collective culturelle, scientifique et sportive au sein de la Fondation. Deux membres représentent les résidents au CA de la CIUP.

La Fondation organise des conférences, des congrès, des tables rondes, des expositions, des concerts, des pièces théâtrales …et tout autre événement à caractère culturel, scientifique, professionnel ou artistique, et accueillent également des participants extérieurs. Un dispositif d’animations qui contribue à l’épanouissement des étudiants, à l’enrichissement des liens mutuels grâce à la diversité de profils et cultures, à leur préparation au monde professionnel, l’entretien du lien avec le Maroc, mais aussi au rayonnement du Maroc au sein de la CIUP, dans la région parisienne et à l’international.

Ses espaces communs qui ont connu d’importants aménagements et une grande rénovation au cours des derniers mois (salon marocain, hall d’exposition, salle de conférence, bibliothèque, espace andalou, etc.) favorisent cette ouverture vers le monde, en accueillant aussi de très nombreuses et quotidiennes visites organisées par le service du patrimoine de la CIUP.

Roi du Maroc Mohammed V

La Maison du Maroc a vu le jour à l’initiative du roi du Roi Mohammed V. Le gouvernement marocain signa le 4 juillet 1949 une convention pour son édification au sein du parc de la Cité internationale et finança le premier des deux pavillons qui composent le bâtiment.

Albert LAPRADE

Il est l’un des trois architectes de la maison. Il avait vécu au Maroc 5 ans au début de sa carrière. Il travaillait à l’époque sur les plans d’urbanisme de Casablanca. A la Cité internationale, il a également participé à la conception de la Fondation ABREU DE GRANCHER et de la Résidence Lucien PAYE.

Jean WALTER

Il est un architecte français qui s’est illustré dans quatre domaines : le logement social, l’architecture hospitalière, la construction d’immeubles de luxe et enfin l'industrie minière. Il participa au financement de la Maison du Maroc.

  • Un double financement

    La Maison du Maroc a vu le jour à l’initiative du roi du Roi Mohammed V. Le gouvernement marocain signa le 4 juillet 1949 une convention pour son édification au sein du parc de la Cité internationale et finança le premier des deux pavillons qui composent le bâtiment. Le second a été financé par un donateur privé, Jean WALTER, qui avait fait fortune grâce à une société des mines qu’il possédait dans la ville marocaine de Zellidjàa. La maison a ouvert sa porte aux étudiants en octobre 1953.

  • Une architecture typique des années 1950

    La Maison du Maroc a été créée par les architectes Albert LAPRADE, Jean VERNON et Bruno PHILIPPE. Ils imaginèrent deux pavillons typiques des années 1950, l’un abritant 161 chambres, l’autre 48. Ils y introduisirent certains détails, comme les toitures en tuile vernissée, qui évoquent l’architecture traditionnelle marocaine.

  • Une maison entièrement rénovée

    La Maison du Maroc a été rénovée en 1982 par André PACCARD, directeur des bureaux techniques du palais royal au Maroc. Ce spécialiste de l’artisanat traditionnel islamique dota notamment le bâtiment d’un patio. En 1992, puis de 2002 à 2008, de nouveaux travaux de rénovation ont été lancés. Conduits par l’architecte marocain Mohammed FIKRI BENABDALLAH, ils ont permis aux pavillons de gagner en confort et en accessibilité. Grâce à cette optimisation, la Maison du Maroc totalise ainsi 229 logements.